[Bordeaux bashing : "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît."]

Mis à jour : mai 10

J'ai de la chance : Je rencontre des vigneronnes et des vignerons bordelais tous les jours ! Tous attachants, passionnés, profondément liés à leurs terres sont doués d'une capacité de résilience impressionnante. Mais comme tout, cette capacité de résilience a de réelles limites que le Bordeaux bashing est en train de dépasser.

"Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.". Cette réplique écrite par Michel Audiard colle parfaitement aux colporteurs du Bordeaux bashing !


Un ciel déjà bien noir !


Le ciel des vins de Bordeaux était déjà bien noir, et voilà que cette crise sanitaire avec sa cohorte d'annulations, d'impacts collatéraux et de blocages en tous genres, donne le sentiment que le sort s'acharne une fois de trop sur le vignoble bordelais.

Mais dans cette noirceur ambiante, j'ai souhaité revenir sur des propos qui, en février, n'ont pas eu l'écho qu'ils méritaient. Il s'agit du discours "juste" d'un homme que je respecte profondément pour la constance de ses propos, y compris face à l'opinion affirmée d'experts bien-pensants, que par son parcours professionnel, aussi impressionnant que l'homme est modeste.


Je veux parler de la lettre « J'ACCUSE » écrite par Antoine PETRUS, directeur de Taillevent Paris, diffusée dans le magazine VIGNERON N°40 du printemps 2020 (lien vers le post d'Antoine PETRUS)


Le monde de la vigne, tout au moins en France, est en pleine tempête, se pose mille questions et voit la majeure partie des certitudes ancestrales ou même récentes s'effritées.


Il y a d'abord la prise de conscience de beaucoup sur les pratiques culturales pour que la conduite de la vigne, la défense contre les maladies et les envahisseurs soit définitivement moins chimiques et plus en accord avec l'équilibre de l'écosystème. D'autant que ce "définitivement moins chimique' est également une action de protection des vignerons pour eux-mêmes.


Il y a ensuite les conséquences déjà très visibles dans le vignoble du maintenant célèbre mais inéluctable réchauffement climatique. Cela aussi les vignerons le subissent. Ils tentent de s'adapter ! Ils commencent par adapter leurs pratiques puis ils finissent par adapter leurs plantations en tentant d'anticiper les conséquences climatiques pourtant de moins en moins prévisibles avec des écarts toujours plus grands entre pluie et sécheresse, entre douceur et gel.


Il y a ensuite les conséquences économiques des « jeux géopolitiques » entre nations. Parfois, c'est une distorsion des règles douanières qui détruit des parts de marché gagnées légitimement pour favoriser des alliés de circonstance face à un ami, acteur devenu très/trop puissant. Parfois, c'est encore plus simplement et injustement un pays qui met en place la "sur taxation" des importations d'un secteur économique entier pour tenter de freiner l'expansion « trop rapide » d'un autre secteur en difficulté sur le sol national. Enfin, parfois, ce sont les incertitudes sociales et économiques d'un pays, d’une région qui paralysent des marchés que les vignerons et leurs partenaires ont mis des années à construire… 


La plus folle injustice que subissent les vins de Bordeaux


Après ce tour d'horizon des causes extérieures de marasme, le sujet abordé par Antoine PETRUS devient d'autant plus important. Pour cause ! Dans sa lettre, Antoine PETRUS y décrypte un autre fléau : La plus folle injustice que subissent les vins de Bordeaux, puisqu'elle vient de l'intérieur et depuis trop longtemps : Le Bordeaux bashing.


Antoine PETRUS ose prendre la parole en sa qualité de sommelier et directeur de Taillevent Paris, M.O.F. SOMMELIER 2011 et M.O.F. MAÎTRE D'HÔTEL, SERVICE ET ARTS DE LA TABLE 2018. Professionnel des accords mets & vins de notre gastronomie française et surtout professionnel de la commercialisation des vins auprès des amateurs de vins et d’art de vivre, c'est en cela que son regard, sa prise de parole sont d'autant importants ! Il y décrit comment, « depuis longtemps, bien trop longtemps, par facilité, par méconnaissance, par idéalisme doublés d'une bêtise profonde, l'immensité des vins de Bordeaux souffre et subit une cabale, une avanie : Le Bordeaux bashing ».


A force d'essayer de comprendre comment cette absurdité peut continuer à exister, d'échanger avec mes pairs, avec des professionnels de la filière (exerçant dans d'autres régions viticoles), avec des sommeliers, avec des cavistes, avec des amateurs de vins aussi, j'arrive inexorablement à l'explication que propose Antoine PETRUS : « Derrière leurs propos se cache une haine lancinante, viscérale, celle des grands propriétaires et de leurs crus classés. Fini l'indépendance du goût, terminé le devoir de valorisation que chaque acteur du monde du vin se devrait de porter. Mépris affiché, stigmatisant ce que Bordeaux sait très bien faire, d'un côté des vins de soif immédiate et de l'autre des vins de temps, ... ».


C'est bien là le principal de mes propos, comment ceux qui se complaisent par lâcheté face aux experts bien-pensants, donc par facilité, dans le Bordeaux bashing, peuvent-ils rejeter en bloc les vins de Bordeaux en affirmant que tous se ressemblent, qu'ils manquent de personnalité ?


Visiblement ceux-ci ne connaissent pas le vignoble bordelais que je sillonne !


Comment peut-on laisser croire et affirmer...


En effet, comment peut-on laisser croire et affirmer que tous les vins de Bordeaux se ressemblent et sont sans personnalité quand on découvre les cuvées ciselées du Château Laroze, Grand cru classé de Saint Émilion ? Un château dirigé par un Guy MESLIN, tour à tour régisseur attentif d'un vignoble en lien profond avec l'écosystème et pourtant si difficile à protéger quand le gel vient mordre la vigne au printemps chaque année depuis 2017, innovateur dans ses pratiques de vinification, éleveur amoureux de ses cuvées en devenir et propriétaire exigeant, voir pointilleux, quant au choix des bouchons pour offrir à ses vins le "confort matériel" qu'ils méritent pour exprimer tout leur potentiel de vieillissement.


Comment peut-on laisser croire et affirmer que tous les vins de Bordeaux se ressemblent et sont sans personnalité quand on découvre le Château La Clémente, cuvée géniale des Vignobles Maurin, dans l'Entre-Deux-Mers ? Cette cuvée surnommée par la famille "petit moelleux", parce que son taux de sucre résiduel est volontairement réduit pour équilibrer la fraîcheur et la douceur, n'est autre que le fruit de la passion du travail bien fait, de l'exigence de la qualité optimale et de la capacité de Pascal, le père, Mathias et Maxime, ses fils, à proposer à leurs clients un produit imaginé, vinifié et élevé pour répondre à leurs envies d’accords autour d’un foie gras mi-cuit pour les uns, d’une poêlée de crevettes au curry et petits légumes pour d’autres ou encore d’une charlotte aux fruits exotiques pour les derniers.


Comment peut-on laisser croire et affirmer que tous les vins de Bordeaux se ressemblent et sont sans personnalité quand on découvre le Château Sigalas Rabaud, son Sauternes 1er cru classé 1855 et sa cuvée "Les demoiselles de Sigalas" d'une finesse rare ? Et que dire de son "N°5, la cuvée sans souffre du Château. Cette cuvée est résolument un produit unique dans l'ombre d'un 1er cru classé 1855, voulu, voir désiré par Laure de Lambert de Compeyrot la directrice du château. Elle l'a imaginé comme une "cuvée qui corresponde à (ses) propres goûts, dans l'esprit d'un Puligny-Montrachet, en particulier celui produit dans le climat Les Pucelles. … à la fois briochés et formidablement raffinés." a-t-elle déclaré au Figaro du vin en mars 2017. Le N°5 s’expriment à merveille avec un carpaccio de saint jacques au citron vert.


Comment peut-on laisser croire et affirmer que tous les vins de Bordeaux se ressemblent et sont sans personnalité quand on découvre "Les Demoiselles de Larrivet Haut-Brion", second vin du Château Larrivet Haut-Brion, Pessac Léognan, imaginé et vinifié par Bruno LEMOINE et ainsi dénommé par Christine et Philippe Gervoson comme pour symboliser la future transmission féminine du château vers leurs trois filles ? Ce vin se veut charnu, aux arômes de fruits noirs, de cerises pour accompagner tout en rondeur un magret de canard rôti à la manière du regret André Daguin.


Enfin, comment peut-on laisser croire et affirmer que tous les vins de Bordeaux se ressemblent et sont sans personnalité quand on découvre un Château GRANGEY, Saint Émilion Grand Cru, qui accompagne et rehausse de ses notes poivrées une belle côte de bœuf grillée à déguster entre amis ? Le travail patient de Franck MIO, propriétaire du château Grangey, et son envie de sublimer le fruit des parcelles de ce vignoble familial, niché dans un coin de paradis à l'écart du village médiéval. Ici la passion côtoie la technicité, le goût du bon côtoie l'art de recevoir, pour que Franck propose à ses clients des vins qui leur feront plaisir. Des vins pourtant différents d'un millésime à l'autre. Mais chaque année, la promesse est tenue. Et cette année encore !


Je pourrais vous citer bien d'autres châteaux, tels que le Château de Montalbret de Morgan DURET à Montagne Saint Emilion, le Château La Clyde de Florence JOUNY en appellation Cadillac, le Château Vangelys de Celine LANDREAU à Lalande de Pomerol ou encore le Château Trapaud de Beatrice LARIBIERE en Saint Emilion Grand Cru et bien d'autres encore que j'ai eu plaisir à découvrir parce que tous différents. Ils sont si nombreux qu'on ne peut plus parler simplement de "pépites" ou d'exceptions.


"L'effet Terroir" existe donc bien aussi à Bordeaux !!!


Comme on le voit, toutes ces propriétés que dont je viens de vous parler en particulier, en général toutes les propriétés du vignoble bordelais sont bien toutes différentes. Elles sont différentes parce que les vigneronnes et les vignerons sont différents. Leurs histoires sont différentes, leurs envies sont différentes et leurs terroirs sont différents. Oui leurs terroirs ! Parce qu'ici aussi les parcelles s'appuient sur une subtile mosaïque de terroirs. Certes, cette notion a bien longtemps été laissée de côté dans les argumentaires commerciaux des vins de Bordeaux mais a toujours été présente. La vinification parcellaire est une pratique de plus en plus répandue ici aussi ! Aujourd'hui, sous l'impulsion de plus en plus de propriétaires, de chefs de cultures et de vivificateurs, le terroir tend à reprendre toute sa place dans le discours vigneron. L'une de ses expressions n'est autre que celle portée par les directeurs et directrices de cinq châteaux 1ers Crus Classés 1855 Sauternes qui ont créé la "Cuvée 5+" parce que leurs parcelles se trouvent toutes sur la si particulière "veine argilo-graveleuse" de Bommes pour retranscrire dans une seule bouteille les particularités de leur terroir commun, leur terroir si unique ! Le terroir est là bien concret. "L'effet Terroir" existe donc bien aussi à Bordeaux !!!


S'il fallait un point de vue supplémentaire, je vous parlerai du regard d'Yves BECK, sur le millésime 2019 qu'il vient de découvrir au travers de la dégustation de 600 vins, l'un des seuls à avoir fait sa campagne de primeurs, profitant de son confinement à Saint Emilion. Yves, surnommé « Beckustator », auteur et critique de vins est Suisse et ne peut donc pas être qualifié de "chauvin". Quoi que ? Mais surtout, Yves nous livre un regard très intéressant sur ses dégustations confinées (600 vins dégustés, on ne peut pas parler de jugement à l'emporte-pièce !), dont je retiendrais trois points :


  1. "...alors que l’on constate une régularité qualitative année après année, avec des différences propres aux millésimes au travers de leurs atouts et leurs contraintes, le millésime 2019 relève le difficile défi de succéder à 2018."

  2. "Bordeaux 2019, c’est une grande année qui se profile"

  3. "Le marché, la demande, les clients, réclament des vins frais, digestes, équilibrés, désaltérants, racés, etc. Et bien ils vont être comblés !"


Et dire que certains affirment que les vins de Bordeaux manquent de personnalité et proposent des réponse à l'emporte-pièce à la questions légitime : "Le Vignoble de Bordeaux doit-il se réinventer ?". Pourquoi le devrait-il ? Alors que la qualité des vins est là et que les vins répondent de plus en plus aux demandes du marchés : "...des vins frais, digestes, équilibrés, désaltérants, racés, etc.". Le problème ne serait-il pas ailleurs ?


Il y a une vraie question sur la commercialisation des vins de Bordeaux, mais ceci est un autre sujet qui mérite d'être traité pour lui-même, nous verrons cela ensemble plus tard. Pour en revenir à notre sujet, l'un des problèmes réel et insistant réside dans l'incompréhensible manque de fierté des bordelais pour leurs vignobles, leurs vins et la toute aussi incompréhensible acceptation des vignerons de Bordeaux de ce discours dédaigneux sans même esquisser un réflexe de défense. À force de se voir poser toujours les mêmes questions : "Le Vignoble de Bordeaux doit-il se réinventer ?" et d'entendre toujours les mêmes réponses approximatives, voir même fortement négatives, maintes fois martelées par des "experts" pour faire toujours plus mal !


Peut-être que les vignerons de Bordeaux ont finis par se lasser, ou finalement, se laisser convaincre a force d'entendre des exportateurs, des importateurs, des agents, des cavistes, des restaurateurs, voir même des sommeliers dirent que les vins de Bordeaux manquent de personnalités, que les clients ne s’intéressent plus aux Bordeaux, ou même que la clientèle des Bordeaux est majoritairement âgée de plus de 75 ans et risque donc disparaître dans les 10 prochaine années !!! En conséquence de quoi : Eux, les professionnels, les experts, seuls connaisseurs des désirs des clients et des amateurs de vins, sont fiers de ne proposer à ces fameux clients que de « vraies pépites », très exclusives, dénichées à travers la France des terroirs ou dans le monde, mais surtout … aucun Bordeaux !


Sur ce point, Antoine PETRUS est très clair : « C'est d'un loyalisme sans fin que nous devrions, nous prescripteurs et sommeliers, faire preuve. Aucune région ne subit pareil traitement : Procès sans jugement, certitude sans fond, faits sans preuves ! Amateurs de ce pugilat, ce sont vos positions que je vous somme de revoir. Peut-être êtes-vous égarés ? Non, vraiment, on ne peut, au regard de vos talents, de vos titres et de la soi-disant richesse de vos cartes des vins, de vos "p'tites découvertes" et autres pépites de sommeliers, vous prêter de tels propos, Il doit y avoir méprise… »


A bien y réfléchir, à l'instar des habitants et des professionnels des autres régions viticoles de France, les bordelais, les restaurateurs bordelais, les cavistes bordelais devraient être fiers des vins de Bordeaux et en être les meilleurs ambassadeurs ! Bien sûr, chacun peut avoir ses préférences, ses coups de cœur : C'est bien normal avec un vignoble de près de 9 500 châteaux sur 65 appellations !


Le vignoble de Bordeaux a déjà laissé tant d'empreintes dans l'histoire. Il est à l'origine de tant de choses aujourd'hui acquises (le volume de la bouteille de vin, l'unité de mesure du volume des navires, des routes maritimes…), qu'il est impossible de ne pas reconnaître l'importance du vignoble pour l'équilibre et le rayonnement national et international de notre superbe région (#SuperbeRegion)

Alors oui, je ne comprends pas comment il est encore possible de laisser se propager le Bordeaux bashing sans se révolter contre cette injustice.

Parmi les vigneronnes et les vignerons que je rencontre chaque jour, beaucoup sont des personnes attachantes, passionnées, profondément liées à leurs terres et douées d'une capacité de résilience impressionnante. Mais comme tout, cette capacité de résilience a des limites que le Bordeaux bashing est en train de dépasser.


Attention, commercialisation en réinvention !


Je fais partie de ceux qui pensent que c'est la commercialisation des vins de Bordeaux qui doit être réinventée, que les vignerons de Bordeaux doivent reprendre en main la commercialisation de leurs vins et enfin retrouver le lien avec les consommateurs, ceux qui au final les achètent et les dégustent !


Nous travaillons tous, actuellement, à l'indispensable relance commerciale des châteaux. Le Bordeaux bashing ne devrait plus être un sujet, un blocage, une source de démotivation... Bordeaux doit reprendre la parole et la commercialisation du millésime 2019 est une excellente occasion à saisir !


Je n'ai aucune leçon à donner. Ce n'est pas mon propos. Je finirai donc par vous dire ma motivation n'est autre que mon propre attachement à cette région et ses vignobles. C'est la raison pour laquelle je laisse la parole à Antoine PETRUS : « Alors que Bordeaux sombre, l'indifférence est coupable. Il y a ici de petits vins car il en existe de grands. Place à l'éclectisme. Soyons les remparts à cette chute qui entraînerait la perte de milliers de destins, la disparition d'un goût, celui du bordeaux qui nous a profondément marqués de son empreinte inaltérable. Inutile de rappeler ici le souvenir que chacun porte en soi d'un grand millésime bordelais. Allons, taisons cette hypocrisie criante. Les artisans-vignerons comme les grands châtelains des deux rives en appellent à votre indépendance de pensée. Pour agir en ambassadeur, en porte-parole, non en petit juge de paix. Pour garantir la parole juste, celle d'un immense vignoble. »

- Saint Emilion / Lamothe-Montravel -

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